
Après la folie chinoise… le calme australien…
Après la neige et des températures sous notre cher bon vieux 0, quoi de mieux que l’été… réponse… rien bien sûr !
La seule donnée importante à connaître quand on habite à Fremantle est… qu’il ne s’y passe pas grand-chose. Mais devenir « aussie » (comprenez australien, et se prononce « ozzi ») veut dire apprécier ce calme et ces moments de détente.
Du coup, on ne va pas s’énerver… faisons comme les indigènes. Quand on ne travaille pas, on va à la plage, où au bord de la rivière. Le matin, on rejoint ses amis pour boire des cafés, et le soir pour boire des bières.

J’avoue que j’ai eu un peu de mal les premiers jours, je cherchais les milliers de vélos, les poules, et pire que ça… je n’entendais pas de bruit… horreur ! Enfin heureusement l’être humain à cette merveilleuse capacité, qui est de se réhabituer à tout.
Et puis aujourd’hui, il y a « the » évènement, le Queen Mary 2 est à Fremantle. Ma première réaction à cette annonce était plutôt « qu’est-ce qu’on s’en fout franchement ! », mais très vite, les locaux arrivent à me persuader que si, pour Fremantle, c’est « le » truc à ne pas louper.
Ok, ni une ni deux et nous voilà sur la moto de Cyrille pour aller voir la grosse barque…

Ah oui quand même, belle bête le petit, et effectivement tous les habitants sont réunis pour assister à son départ, on aurait eu tort de rater un moment de cohésion sociale quand même. Et c’est aussi l’occasion de boire une bière bien fraîche aromatisée aux embruns… amazing !

Le lendemain, je rejoins Cyrille pour sa pause déjeuner. Son lieu de travail est « le » spot de Fremantle, pourquoi s’embêter. « South beach café », situé à deux pas de la plage la plus cool, est entouré de verdure et de grands arbres dont l’ombre vous sauve de l’insolation en cette période caniculaire.
Pendant que je l’attends, tranquillement installée dans l’herbe sous un arbre, mon livre à la main, je suis témoin d’une scène plutôt bizarre… et tout à fait choquante.
A côté de moi, trois femmes papotent tranquillement dans l’herbe. Tout à coup, les deux chiens qui les accompagnent bondissent en aboyant sur deux hommes qui passaient à côté du groupe… je me retourne, intriguée par les cris des hommes et de la femme essayant de retenir la fureur de ses chiens, me demandant ce qu’ils ont bien pu faire pour mettre les chiens dans cet état… quelle n’est pas ma surprise de constater qu’il s’agit de deux aborigènes, très choqués par cette agression.
Evidemment, une pensée me vient directement à l’esprit : pourquoi les deux chiens n’ont pas aboyé sur les autres passants, pourquoi spécifiquement ces deux hommes là ? Est-ce qu’on peut imaginer un dressage spécial… je crois que je préfère ne pas connaître la réponse…

D’ailleurs je vais ensuite sur ce que j’appelle « la plage aux chiens »… à deux pas du South beach café. En effet, me souvenant que les australiens sont complètement gaga de leurs animaux, je décide d’entamer une étude sociologique intitulé « Les australiens et leurs chiens : une amitié pas comme les autres »… oui enfin bon, j’essaye de faire marcher mes neurones en pleine séance de bronzage, sinon je culpabilise !
Après avoir été piétinée par deux chihuahuas et un caniche, je décide que trop c’est trop, je rentre à la maison ! J’ai alors bien mérité ma « beef pie », le plat « aussie » à ne pas louper ![]()









Les plages les plus excentrées nous permettent d’en apprendre un peu plus sur les malais en vacances. D’origines indienne, chinoise ou malaise, même activité pour tout le monde durant les vacances : un énorme pique-nique sur la plage, à l’ombre des arbres. Enfin quand je dis pique-nique je devrais plutôt dire « banquet », étant donné que l’on a l’impression que toute la cuisine a été déménagée. Non loin de là, on ne peut alors pas me louper, seule femme en bikini sur la plage, pour les autres c’est baignade habillée… Liberté de la femme, pas beaucoup de point dans ces contrées.











Après 10h de bus sans amortisseur, alors que l’on croit que le car va se renverser dans chaque virage, une fenêtre peu efficace qui laisse passer la pluie, une panne de bus à 5h du mat, l’attente d’un éventuel nouveau bus… on est contents d’arriver à 7h du matin, frais comme des gardons ( !)… même si notre île paradisiaque est fermée à cause de la mousson ! C’est pas grave, on va pas s’énerver… on ne peut rien contre le Dieu de la météo !

Les chinois ont hâte de rentrer dans leurs familles, et nous, de partir… on n’en peut plus de l’hiver en Chine ! Je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie. Il doit en effet faire quasiment la même température dans les maisons qu’à l’extérieur. Comme je vous l’ai déjà expliqué, seules les villes au nord du Yangzi, le fleuve le plus long de Chine, ont le chauffage à l’intérieur des immeubles… et Nanjing se situe à environ 5 km au sud de ce cours d’eau… pas de bol !
Résultat, on se retrouve à faire la cuisine en doudoune et à porter des collants épais sous les jeans, jours et nuit. S’habiller le matin devient tout en rituel interminable… les collants, le damart, le t-shirt, un ou deux pulls, un jean serré pour tenir le plus chaud possible, deux paires de chaussettes, les moon boots, la doudoune, l’écharpe, et pour finir, le bonnet et les gants… le kit de survie quoi .
Quand on rentre chez soi, on a l’impression d’être encore dans la rue. C’est simple, il fait un froid polaire, à vous glacer les os. Si on a passé trop de temps dehors, impossible de se réchauffer. Heureusement j’ai un chauffage électrique dans la chambre, mais allez dans la cuisine relève de l’expédition… enfiler les chaussons en moumoutes fourrés, la polaire… et la doudoune… autant dire qu’on ne mange plus qu’au resto… j’ai tenté une fois une soupe, et ai vite compris mon erreur. Au bout de la deuxième patate à éplucher, mes doigts étaient rouges et gelés… du coup, resto tous les soirs avec les potes, faut bien s’adapter.










A court d’eau, on marche jusqu’à l’épicerie. Juste après, il y a une famille tibétaine qui vit dans un champ. Le couple et leur enfant n’ont pour seul bien matériel qu’une tente, leur habitation. Ils font payer quelques yuans aux touristes pour pouvoir accéder à leur terre et se rapprocher ainsi du lac. On s’allonge pendant une heure dans leur champ, profitant de nos derniers instants en pleine nature et au calme.
Puis on retourne à la route faire du stop. Une petite famille nous emmène au même endroit que la veille, qui était finalement le meilleur. On descend à pied jusqu’au lac, empruntant le chemin de terre qui nous y conduit. Et là, on est trop contente de voir arriver la gamine tibétaine avec une copine à elle. Elle a l’air aussi contente de nous retrouver, et se colle tout de suite à Sophie. L’autre se colle à moi, et ne peut s’empêcher de fixer l’écran de mon ordinateur. Elle reste comme ça sur mon épaule pendant de longues minutes… je ne pense pas qu’elle ait vu beaucoup d’ordi dans sa vie.
On passe un moment ensemble, mais l’on veut trouver un prétexte pour leur donner de l’argent. Le problème est que je n’ai aucune envie de faire un tour à cheval… même pour la modique somme de 5 yuans. Mais elle propose aussi aux touristes femmes de les prendre en photo costumes de princesses tibétaines… l’idée est bien ridicule, c’est exactement ce qu’il nous faut !
Et là, c’est le début d’un long fou rire ! Les gamines nous passent un à un les vêtements du costume, tandis que l’on se prend au jeu. Cheveux longs, diadèmes et tuniques roses, nous voici devenues des princesses tibétaines ! Les filles nous mitraillent de photos, alors que nous essayons de trouver les pauses les plus débiles possibles ! Un touriste chinois demandera même à Sophie si l’on est des princesses tibétaines…
Puis c’est le moment de partir. Les adieux avec les petites sont déchirants. On retourne à la route, et donc à la réalité. On achète ensuite du miel aux producteurs locaux, installés au bord de la route, qui vivent sous leur tente. Aucun bus à l’horizon, on commence à faire du stop. Il n’y a en effet pas de bus officiels pour repartir d’ici, ou en tout cas il s’agit d’un système informel sans horaires ni tarif, ni… interlocuteur. Au bout de 10 min, un petit couple de touristes s’arrête. Ils rentrent aussi à Xining mais par une route touristique… trop bien, on va de surprise en surprise. Le plus drôle est que l’homme ne s’aperçoit pas tout de suite que je suis une « laowai» (étrangère), cachée que je suis derrière mes lunettes. Il s’en rendra compte quelques minutes plus tard, lors d’un arrêt photo. Je me souviendrai toute ma vie de sa tête lorsqu’il a réalisé qu’il avait une étrangère dans sa voiture !


Après plusieurs heures passées au bord du lac, à apprécier ce moment de calme et de plénitude, nous sommes rejoins par une gamine tibétaine à cheval. Elle est assez pénible en réalité, elle veut absolument qu’on achète un tour à cheval, et en est presque agressive. Sophie finit par l’envoyer bouler avec sa douce voix. Un changement s’opère alors petit à petit dans son comportement. Après quelques minutes, elle descend de son cheval et se met à notre niveau, premier progrès. Elle nous tourne ensuite autour, tandis que Sophie lui pose plein de question. Elle a 11 ans, elle vit un peu plus loin sur les hauteurs avec ses parents, son frère et sa sœur. En confiance, elle enlève sa carapace de businesswoman qui cherche à se faire trois sous sur le dos des touristes, pour redevenir une petite fille.
Elle décide de coiffer Sophie, pendant que cette dernière lui pose plein de questions sur sa vie ici. La scène est juste improbable. La gamine tibétaine, qui coiffe Sophie. On est assises dans la prairie. Derrière nous les montagnes et son cheval. Devant, le lac.




Les enfants vont à l’école, donc ils parlent le putonghua (le mandarin), mais la mère parle uniquement le dialecte tibétain. Quand ils se parlent entre eux, Sophie et Océane ne les comprennent pas. On en apprend alors un peu plus sur ce qu’est être tibétain en Chine. Il y a des progrès selon eux, mais les tibétains sont toujours méprisés par les Hans (ethnie majoritaire en Chine). Eux qui, à l’origine, n’apportent aucune importance au matériel, sont obligés de renoncer à leur mode vie pour s’installer dans des maisons. Comme toutes les ethnies minoritaires en Chine, ils se « sinisent » à chaque génération un peu plus, jusqu’au jour où ils perdront complètement leur identité pour adopter le mode de vie chinois. En effet, regardé de haut par les hans, ils ont du mal à garder leurs spécificités identitaires. Mais ce qui me frappe le plus est qu’ils n’ont l’air d’éprouver aucune haine à l’égard des hans, tandis que le mépris de ces derniers pour les minorités est assez radical et choquant.
Après cette leçon de sociologie, les hommes rentrent enfin du travail… ils ont dû commencer à 6h ce matin, pour finir vers 20h… pas de 35h dans les montagnes ! Le ragout de yack est prêt… le meilleur ragoût de toute ma vie je pense !





