Histoires du bout du monde

December 30, 2010

Rencontre tibétaine…

Filed under: Nanjing — melodie4 @ 6:53 pm


La « mer » de Chine.
On ne le sait pas encore à ce moment-là, mais nous y vivrons l’expérience la plus typique, la plus « vraie » de tout notre voyage… pour ma part, je dirais même de toute mon année en Chine.
Après plusieurs heures passées au bord du lac, à apprécier ce moment de calme et de plénitude, nous sommes rejoins par une gamine tibétaine à cheval. Elle est assez pénible en réalité, elle veut absolument qu’on achète un tour à cheval, et en est presque agressive. Sophie finit par l’envoyer bouler avec sa douce voix. Un changement s’opère alors petit à petit dans son comportement. Après quelques minutes, elle descend de son cheval et se met à notre niveau, premier progrès. Elle nous tourne ensuite autour, tandis que Sophie lui pose plein de question. Elle a 11 ans, elle vit un peu plus loin sur les hauteurs avec ses parents, son frère et sa sœur. En confiance, elle enlève sa carapace de businesswoman qui cherche à se faire trois sous sur le dos des touristes, pour redevenir une petite fille.

Elle décide de coiffer Sophie, pendant que cette dernière lui pose plein de questions sur sa vie ici. La scène est juste improbable. La gamine tibétaine, qui coiffe Sophie. On est assises dans la prairie. Derrière nous les montagnes et son cheval. Devant, le lac.
Lorsque Sophie lui demande où l’on peut goûter des spécialités locales, la gamine lui répond : « ben, venez manger chez moi ! »…  « Ah bon, mais tes parents seraient d’accord ? ». « Bien sûr, je vais appeler mon père mais normalement c’est bon »… Aller manger dans une famille tibétaine, chez l’habitant… le rêve !
Elle appelle son père avec le portable d’Océane, et nous voilà aussitôt parties, nous à vélo, elle à cheval. On est vite rejoints par son frère, intrigué par notre venue, et lui aussi à cheval.
« C’est loin chez toi ? »
« Non c’est à 5 minutes ».

On longe la route, puis ils nous indiquent un sentier. C’est parti pour l’ascension de la montagne, d’abord à vélo, mais ça grimpe dur. Au bout de 15 minutes, on n’en peut plus, on pousse les vélos. Du coup, le frère et la sœur descendent de cheval. Et là, je prends conscience de vivre un moment unique dans ma vie : nous, les chevaux, les deux enfants tibétains, une vue imprenable sur le lac, les montagnes, quelques maisons en terre cuite au loin, et des troupeaux de moutons… le rêve.

Mais on a l’impression que l’on ne va jamais arriver. Quand on leur demande où est leur maison, c’est toujours un peu plus loin ou juste derrière la colline, ou un peu après…
Evidemment, la notion des distances n’est mas la même pour nous que pour eux, qui font des kms à cheval tous les jours dans ces immenses espaces. Mais ils ont aussi peur que l’on renonce à venir, et nous disent à chaque fois que l’on est y est presque.
Enfin arrivés à une maison… fausse joie, je croyais vraiment que c’était là. Notre petite Océane n’en peut plus, elle veut s’arrêter. Mais maintenant on ne peut plus rebrousser chemin, il faut avancer. Le garçon nous dit de nous dépêcher, il va faire nuit… Le soleil vient de disparaitre derrière les montagnes, et la vue sur le lac aussi.

On aperçoit enfin leur maison… sauvé !
Hallucinant… on est au milieu de nulle part. Autour de la maison, des yacks et des moutons.
La mère nous accueille et nous emmène dans la pièce du fond… il n’y a que deux pièces pour toute la famille. Il fait très froid dans la première pièce, tandis que tout se passe dans la deuxième, qui est complètement multi-usage. En guise de lit, des tapis sur une dalle surélevée qui peut ainsi être chauffée. Devant le lit, un poêle, qui sert de cuisinière mais aussi de chauffage central. A côté, un coin salon avec une télé et deux canapés… tout ça dans 15 m2.

On voulait du typique… on y est. Crottes de moutons pour le feu, pain maison, thé au lait de yacks et beignet tibétains.
Les hommes ramènent le troupeau et rentrent le foin, il faut les attendre pour manger.
En attendant, la petite et son frère nous font la conversation pendant que nous buvons du lait pour nous réchauffer.
 Les enfants vont à l’école, donc ils parlent le putonghua (le mandarin), mais la mère parle uniquement le dialecte tibétain. Quand ils se parlent entre eux, Sophie et Océane ne les comprennent pas. On en apprend alors un peu plus sur ce qu’est être tibétain en Chine. Il y a des progrès selon eux, mais les tibétains sont toujours méprisés par les Hans (ethnie majoritaire en Chine). Eux qui, à l’origine, n’apportent aucune importance au matériel, sont obligés de renoncer à leur mode vie pour s’installer dans des maisons. Comme toutes les ethnies minoritaires en Chine, ils se « sinisent » à chaque génération un peu plus, jusqu’au jour où ils perdront complètement leur identité pour adopter le mode de vie chinois. En effet, regardé de haut par les hans, ils ont du mal à garder leurs spécificités identitaires. Mais ce qui me frappe le plus est qu’ils n’ont l’air d’éprouver aucune haine à l’égard des hans, tandis que le mépris de ces derniers pour les minorités est assez radical et choquant.

Après cette leçon de sociologie, les hommes rentrent enfin du travail… ils ont dû commencer à 6h ce matin, pour finir vers 20h… pas de 35h dans les montagnes ! Le ragout de yack est prêt… le meilleur ragoût de toute ma vie je pense !
Puis il est largement l’heure de les laisser tranquille. Nous voulons les remercier pour leur hospitalité mais ne savons pas trop comment nous y prendre. Ils n’attendent bien sûr rien, mais cela nous tient à cœur. Nous glissons quelques billets dans la main de la fille aînée, en lui disant qu’elle s’achètera des livres avec. Elle refusera longtemps avant de céder.

Le retour restera un grand moment d’aventure !
Un copain du garçon vient avec sa moto. Il fait nuit noire, il va nous éclairer la route avec son phare. Océane monte derrière lui tandis que le frère prend son vélo… et nous voilà partis, sous un magnifique ciel étoilé (je n’avais pas vu d’étoile depuis 6 mois), en mission « dévaler la montagne à fond en VTT ». En effet, il va assez vite, et nous devons suivre son allure pour être éclairés… résultat, pas de frein, adrénaline au maximum pour finir cette mémorable journée…

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