
Le lendemain, on quitte l’hôtel avec nos sacs à dos. On ne sait pas encore comment on va rentrer à Xining, l’expression « horaire de bus » n’existant pas ici. On essaiera d’en attraper un en route… enfin on verra bien, on n’en est pas là. Pour le moment il nous faut quitter l’hôtel.
A court d’eau, on marche jusqu’à l’épicerie. Juste après, il y a une famille tibétaine qui vit dans un champ. Le couple et leur enfant n’ont pour seul bien matériel qu’une tente, leur habitation. Ils font payer quelques yuans aux touristes pour pouvoir accéder à leur terre et se rapprocher ainsi du lac. On s’allonge pendant une heure dans leur champ, profitant de nos derniers instants en pleine nature et au calme.
Puis on retourne à la route faire du stop. Une petite famille nous emmène au même endroit que la veille, qui était finalement le meilleur. On descend à pied jusqu’au lac, empruntant le chemin de terre qui nous y conduit. Et là, on est trop contente de voir arriver la gamine tibétaine avec une copine à elle. Elle a l’air aussi contente de nous retrouver, et se colle tout de suite à Sophie. L’autre se colle à moi, et ne peut s’empêcher de fixer l’écran de mon ordinateur. Elle reste comme ça sur mon épaule pendant de longues minutes… je ne pense pas qu’elle ait vu beaucoup d’ordi dans sa vie.
On passe un moment ensemble, mais l’on veut trouver un prétexte pour leur donner de l’argent. Le problème est que je n’ai aucune envie de faire un tour à cheval… même pour la modique somme de 5 yuans. Mais elle propose aussi aux touristes femmes de les prendre en photo costumes de princesses tibétaines… l’idée est bien ridicule, c’est exactement ce qu’il nous faut !
Et là, c’est le début d’un long fou rire ! Les gamines nous passent un à un les vêtements du costume, tandis que l’on se prend au jeu. Cheveux longs, diadèmes et tuniques roses, nous voici devenues des princesses tibétaines ! Les filles nous mitraillent de photos, alors que nous essayons de trouver les pauses les plus débiles possibles ! Un touriste chinois demandera même à Sophie si l’on est des princesses tibétaines…
Puis c’est le moment de partir. Les adieux avec les petites sont déchirants. On retourne à la route, et donc à la réalité. On achète ensuite du miel aux producteurs locaux, installés au bord de la route, qui vivent sous leur tente. Aucun bus à l’horizon, on commence à faire du stop. Il n’y a en effet pas de bus officiels pour repartir d’ici, ou en tout cas il s’agit d’un système informel sans horaires ni tarif, ni… interlocuteur. Au bout de 10 min, un petit couple de touristes s’arrête. Ils rentrent aussi à Xining mais par une route touristique… trop bien, on va de surprise en surprise. Le plus drôle est que l’homme ne s’aperçoit pas tout de suite que je suis une « laowai» (étrangère), cachée que je suis derrière mes lunettes. Il s’en rendra compte quelques minutes plus tard, lors d’un arrêt photo. Je me souviendrai toute ma vie de sa tête lorsqu’il a réalisé qu’il avait une étrangère dans sa voiture !

De l’autre côté du lac, nous sommes dans un autre pays. Il y a des dunes de sable… c’est à ne pas y croire. Et derrière nous, encore des sommets enneigés. Quelques mètres plus loin, la vision la plus hallucinante de toute ma vie… deux pèlerins tibétains, dont je vous ai déjà parlé plus haut, sont là, au milieu de nulle part, à s’allonger au sol puis se relever… incroyable ! Ils se rendent à Lhassa… ce que je vois ne rentre pas dans mes cases, mon cerveau ne peut assimiler l’information, je n’en reviens toujours pas de cette apparition.

Quelques heures plus tard, et une centrale nucléaire plus loin, nous sommes de retour dans la jungle urbaine, tristes d’avoir quittés notre petit paradis et son lot de surprise…